Par Jeanne Bretécher, Directrice associée, Génération 2 Conseil

Génération 2 conseil a rencontré Béatrice Garrette, Directrice générale  de la Fondation Pierre Fabre, une Fondation discrète et pas comme les autres. En 16 ans d’action cette fondation actionnaire a engagé plus de 17,7 millions dans sa mission reconnue d’utilité publique, financés en majeure partie par les bénéfices du Groupe créé par son fondateur.

D’abord parce qu’elle est la seule fondation actionnaire de cette envergure en France. Créée en 1999, elle devient Fondation reconnue d’utilité publique. Son fondateur, Pierre Fabre, pharmacien et créateur des laboratoires Pierre Fabre, en fait son légataire universel, lui léguant ses actions dans le groupe et ses biens personnels. Depuis sa mort en 2013, la Fondation est donc actionnaire de 86% du capital de Pierre Fabre SA. 7% est détenu par les salariés. Les laboratoires Pierre Fabre fabriquent une part importante des produits dermatologiques disponibles en parapharmacie.

Les bénéfices du groupe concourent donc essentiellement aux missions d’utilité publique de la fondation. Ce modèle de gouvernance où l’entreprise elle-même appartient à une fondation a été documenté par Prophil, Delsol et la Chaire Philantropie de l’ESSEC en 2014, essentiellement en Europe du Nord (Fondation Playmobil par exemple) et en Allemagne.

La fondation n’intervient pas dans la stratégie et les investissements du Groupe, et grâce aux dividendes qu’elle perçoit, elle soutient des causes d’intérêt général. Il s’agit donc d’un modèle d’entreprise ou la RSE est totalement intégrée. Cela permet également d’assurer à l’entreprise une grande stabilité et de mettre en œuvre des actions de long terme. En effet puisque l’entreprise détenue par une fondation ne peut pas être rachetée.

Ensuite parce qu’elle est opératrice de 80% des actions financées. La fondation travaille en partenariat étroit avec d’autres acteurs, comme l’AFD qui cofinance certains programmes ou encore la Fondation Mérieux. Elle contribue à améliorer la formation ou la vie des personnes malades en Afrique mais également au plaidoyer pour renforcer ses axes d’intervention.

Enfin parce qu’elle répond à des besoins non couverts par les institutions et le marché. Cinq programmes contribuent à la formation des professionnels de santé  dans cinq pays (des pharmaciens notamment), six programmes concernent l’accès aux soins  de qualité, 8 concernent la lutte contre la drépanocytose et 4 la dermatologie tropicale dans les pays les moins avancés.

La Fondation Pierre Fabre a à cœur d’« aller là où les autres ne vont pas » et de proposer des leviers pour la santé des populations en situation de pauvreté».

Parmi eux, la lutte contre la drépanocytose est un axe fort et militant. Il s’agit d’une pathologie qui touche essentiellement les pays africains, et par extension les afro-américains. Elle est reconnue prioritaire par l’OMS, l’UNICEF et l’Union pour la Santé Africaine mais fait peu l’objet de programmes de recherche ou de dépistage, les « consommateurs » de traitement étant peu solvables. La Fondation comble partiellement ces lacunes en menant un programme d’évaluation d’un test de dépistage rapide au Mali, au Togo et en RDC et en finançant à 100% des programmes de recherches, comme par exemple une étude menée avec une unité de recherche INSERM à l’Hôpital Georges Pompidou pour quantifier  la mortalité infantile dûe à la drépanocytose, étude épidémiologique menée dans cinq pays d’Afrique (Mali, Sénégal, RDC…).

Autre cause rarement prise en charge par le mécénat privé, les ONG ou les bailleurs institutionnels, malgré les désastres psycho-sociaux entraînés par l’affection en Afrique : la prise en charge des personnes atteinte d’albinisme, dans le cadre de ses actions pour la dermatologie en zone tropicale.

Dernier programme en date, lancé en 2016 : un observatoire de la e-santé, soutenu par l’AFD, conçu avec le concours de Gilles Babinet (Digital champion européen, ancien Président du CNN et co-cofondateur d’Africa4Tech). Destiné à être un outil de veille, de recueil et d’analyse des initiatives issues des pays du Sud sur les axes de la fondation, l’outil met l’accent sur l’innovation frugale (ex. : soutien à EchOPen, projet de sonde portable low cost).

Enfin, la fondation peut aussi intervenir en cas d’urgence. Elle un programme de réhabilitation de centres de dépistages et de traitement du choléra après les ravages dee l’ouragan Matthew en octobre 2016 , en partenariat avec l’ONG ACTED.

Sur tous ces sujets, les collaborateurs des Laboratoires Pierre Fabre souhaitent se sentir davantage impliqués, notamment via le mécénat de compétences. Un élan que la Fondation souhaite accompagner en 2017.

 

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