Génération 2 Conseil

Les États-Généraux de l’Alimentation : Kesako ?


Nicolas Hulot et Stéphane Tavert co-organisent les États-Généraux de l’Alimentation à partir du 20 juillet.


Les promesses d’un candidat devenu Président

Dans son programme, le candidat Macron s’est engagé (objectif 1 du chapitre Agriculture) à « garantir des prix justes pour que les agriculteurs puissent vivre de leur travail ». « Les agriculteurs ne demandent rien d’autre que de pouvoir vivre de leur travail par un juste prix payé. Pour y parvenir, il faut changer de méthode : rémunérer le travail des agriculteurs et les libérer de la dépendance aux aides publiques », a-il écrit.

Pour atteindre l’objectif d’un meilleur partage de la valeur ajoutée, le chef de l’État a notamment précisé qu’il comptait encourager « le développement de véritables organisations de producteurs, avec des capacités de négociations renforcées pour peser plus dans les négociations commerciales avec les centrales d’achat de la grande distribution ».

« Nous allons inciter les producteurs à se regrouper pour vendre ensemble » et pour que, « filière par filière, on trouve l’organisation qui permette à chacun d’avoir un vrai partage de la valeur ajoutée », a-t-il expliqué le 10 Juin dernier. Autre objectif annoncé par Emmanuel Macron : «accompagner la transformation d’un modèle productif », afin de « répondre davantage aux attentes des consommateurs ».

Comme souhaité par Emmanuel Macron, les Etats généraux de l’Alimentation commenceront le 20 juillet et sont co-organisés par Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation ainsi que Nicolas Hulot, ministre de la Transition Écologique et Solidaire. Ils réunissent tous les acteurs de l’agroalimentaire “de la fourche à la fourchette”. La présence des associations de protection de l’environnement n’est pas certaine, même si elles ont exprimées leurs désirs de faire entendre leurs voix dans un courrier rédigé par la fédération France Nature Environnement (FNE) au chef de l’Etat.

 

Objectifs et programme des Etats Généraux de l’Alimentation

 

L’objectif de ces Etats généraux est de dessiner l’agriculture et l’agroalimentaire du futur en lui fixant un cap qui permette d’assurer des revenus décents aux agriculteurs et une alimentation de qualité aux consommateurs. Selon Nicolas Hulot, l’idée est de « sortir avec une feuille de route qui soit un nouveau virage de ces modes de production et de consommation et qui saura réconcilier urbain et rural, et donner de la dignité et de la sécurité à nos paysans ». Il s’agira ainsi de faire travailler ensemble tous les acteurs des filières alimentaires, producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs, pour créer de la valeur et mieux la répartir entre les différents maillons.

 

Une première consultation des parties prenantes s’est déroulée du 27 juin au 30 juin, afin de préparer ensemble cet événement. Selon un document de travail interne, les débats devraient avoir lieu entre juillet et septembre autour de deux grands chantiers:

– le premier, intitulé «Création et répartition de la valeur», débutera le 20 juillet et se concentrera sur le thème de la crise agricole et des prix non rémunérateurs («Mieux répondre aux attentes des consommateurs en termes de qualité», «Développer les initiatives locales et créer des synergies», «Développer la bio-économie et l’économie circulaire», «Conquérir de nouvelles parts de marché sur les marchés européens et internationaux», «Préparer l’avenir», «Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs», «Adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et aux besoins des transformateurs», «Améliorer les relations commerciales et contractuelles (…) »);

– le second chantier, qui commencera en septembre, est intitulé «Alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous», et les six ateliers suivants sont proposés : «Assurer la sécurité sanitaire de l’alimentation dans une économie agroalimentaire mondialisée et dans un contexte de changement climatique», «Améliorer l’offre alimentaire et réduire les inégalités sociales et territoriales», «Mieux informer le consommateur pour qu’il adopte un comportement alimentaire plus favorable à la santé», «Lutter contre le gaspillage alimentaire», «Mieux informer le consommateur pour qu’il adopte un comportement plus favorable à la santé», «Renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture et les filières alimentaires et développer la formation».

 

Ces Etat généraux de l’Alimentation représentent une opportunité d’entendre les revendications des agriculteurs et des consommateurs. Pour Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, ils devraient être enfin l’occasion de mettre à plat les relations au sein des filières. La dirigeante syndicale prône un meilleur dialogue interprofessionnel entre les différents maillons et propose aussi de travailler davantage avec les consommateurs « pour retisser du lien et reconstruire du prix ». En effet, selon l’édition 2017 du  rapport annuel de « l’Observatoire des marges et des prix», le professeur Philippe Chalmin indique que : «  Sur 64,7€ de valeur ajoutée induite par 100€ de consommation alimentaire, l’agriculture crée, ou récupère, selon le point de vue que l’on retient, 6,2€, soit 9,6% de la valeur ajoutée induite totale ». Il s’agit ainsi pour les agriculteurs de redéfinir un cadre tarifaire plus rémunérateur.

Concernant les consommateurs, Emmanuel Macron a annoncé lors d’un déplacement dans le Limousin, son intention d’« accompagner la transformation d’un modèle productif », afin de « répondre davantage aux attentes des consommateurs ». En effet, à titre d’exemple, “les coopératives bio connaissent aujourd’hui 33% de croissance et la plupart des produits viennent de l’étranger. N’est-on pas dans une forme de schizophrénie? » s’interroge Nicolas Hulot. L’enjeu est également de pouvoir manger mieux à des prix raisonnables qui préservent le pouvoir d’achat des consommateurs.

 

A l’issue des Etats Généraux, un plan d’investissement dans l’agriculture de 5 milliards d’euros sur 5 ans devrait être élaboré en fonction des résultats des différents groupes de travail. L’autre piste envisagée et encouragée par la FNSEA est le remplacement de la loi LME, adoptée en août 2008 au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, accusée d’avoir favorisé les baisses de tarifs dans le but de favoriser le pouvoir d’achat des consommateurs. L’objectif selon la présidente de la FNSEA serait qu’un texte soit prêt avant le démarrage des négociations commerciales entre la distribution et ses fournisseurs qui commencent en octobre.

 

Vigilance

 

Emmanuel Macron n’est pas le premier à dresser ce constat d’un partage déséquilibré de la valeur ajoutée. Il n’est pas non plus le seul à vouloir renforcer le pouvoir de négociation des agriculteurs face aux industriels et aux centrales d’achat des grandes surfaces, alors que les exploitants agricoles ne cessent de dénoncer une course aux prix toujours plus bas.

Mais jusqu’à présent, les solutions apportées par l’État n’ont jamais fait l’unanimité, même quand les pouvoirs publics ont cherché à apporter des réponses non pas générales mais à une filière donnée (notamment le porc). L’une des questions sera de savoir s’il est prêt à remplacer la loi LME, adoptée en août 2008 au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce texte, qui a depuis été réaménagé, fixe les grands principes de négociation des prix et est parfois accusé d’avoir favorisé les baisses de tarifs dans le but de favoriser le pouvoir d’achat des consommateurs.

Claude Gruffat, Président de Biocoop insiste dans son livre publié en juin 2017 “Les dessous de l’Alimentation Bio” sur le fait que la France peut devenir le 1er pays Bio d’Europe : “la France est le premier pays agricole européen et il n’y a aucune raison qu’elle ne devienne pas le premier pays bio [elle est troisième, NDLR].”

 

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