LA RSE POUR LES TPE/PME, UNE UTOPIE ?

keep calm be RSE

source : Fehap

Le 10 Juillet dernier, France Stratégie via la Plateforme RSE a lancé un appel à projet pour expérimenter une labellisation des TPE/PME selon leur secteur d’activité. L’appel à candidature est ouverte jusqu’au 31 mars 2018 et est destinée aux  fédérations professionnelles représentant divers secteurs d’activités. Les fédérations candidates devront fournir un référentiel RSE sectoriel et une procédure de labellisation ou d’évaluation en cohérence avec la norme internationale ISO 26000 et qui sera expérimentée par la suite. Ce référentiel devra être adapté à la fois au secteur mais également à la cible que sont les TPE, PME et ETI. Les fédérations sélectionnées devront fournir des bilans semestriels de leurs expérimentations, ce qui permettra à la Plateforme d’adresser un bilan et des recommandations aux fédérations et aux pouvoirs publics d’ici fin 2019. Si cette expérimentation prévue par la loi Grenelle de l’Environnement de 2009 est la bienvenue, il n’en reste pas moins que la question de l’applicabilité de la RSE telle qu’elle existe aujourd’hui, aux TPE/PME, reste en suspens.

 

Une RSE aujourd’hui est surtout appliquée dans les grandes entreprises

Dans sa contribution de 2016 au Plan national d’actions prioritaires pour le développement de la RSE, la Plateforme RSE reconnaît que les démarches RSE étaient jusqu’à peu essentiellement plus mises en place dans les grandes entreprises. Alors que les TPE/PME constituent 99,9% des entreprises françaises, selon le rapport, les PME sont à peine 23% à mener des actions de RSE pour les entreprises de 10 à 49 salariés et 47% pour les entreprises de 50 à 250 salariés, contre 84% pour les plus de 500 salariés. Les TPE/PME sont d’autant plus concernées par la RSE que les enjeux sociaux et environnementaux au cœur de la RSE concernent principalement les territoires et que dans un contexte de mondialisation, les multinationales n’ont plus le choix pour contrôler leurs circuits de production que de s’appuyer sur leurs fournisseurs qui sont en général des TPE/PME/ETI.

 

Des difficultés liées à une problématique d’adaptabilité du concept aux TPE/PME

Les exemples de PME responsables telles que Pocheco, restent encore assez rares même si en plein développement. L’adaptabilité du concept de RSE à la PME demeure problématique dans la mesure où le plus souvent les PME se contentent d’imiter ce qui est fait par les grandes entreprises ou d’appliquer un code de conduite défini par le donneur d’ordre. Cependant, dans quelles mesures la RSE peut-elle être transposée dans les PME ? En effet, du fait de leur faible visibilité les PME, bien que conscientes de l’importance des sujets environnementaux et sociaux, sont moins exposées et leur légitimité est moins contestée que pour les multinationales. Elles sont donc très peu incitées à mettre en place une démarche RSE car moins confrontées aux crises réputationnelles. De plus, pour qu’une PME mette en place une démarche RSE, elle doit surmonter de nombreux obstacles en terme de moyens financiers et humains. Car la RSE nécessite un investissement matériel et immatériel assez conséquent pour une PME dont la visibilité financière est souvent à court terme alors que les bénéfices de la RSE se voient à long terme. Une des solutions réside dans les politiques d’accompagnement financier et les incitations que peuvent mettre en place les pouvoirs publics.

 

Une labellisation controversée

Si certains labels comme le label B-Corp tentent avec un certain succès de s’ouvrir aux PME, ceux-ci ne font pas de distinction entre grandes entreprises et PME. Ainsi l’appel à projet proposé par France Stratégie a le mérite de poser les bases d’une RSE adaptée au TPE/PME et à leurs secteurs spécifiques. Cependant, les processus de labellisation reste aujourd’hui controversés. En effet, selon les syndicats et les ONG, le label présente un risque de greenwashing. De plus, les surcoûts liés à la labellisation (audit, frais administratif) peuvent freiner le développement du label auprès des TPE fragiles financièrement et restent donc uniquement accessible aux PME/ETI grossissantes et en bonne santé financière.

 

Un besoin de sensibilisation

Par ailleurs, la Plateforme RSE insiste sur le besoin de sensibilisation des TME/PME aux enjeux de la RSE: « Selon l’enquête sur les entreprises et le développement durable de l’Insee de 2011, 65 % des entreprises de 10 à 49 salariés déclarent ne pas connaître la RSE contre 40 % des entreprises de 50 à 250 salariés et 10 % des entreprises de plus de 500 salariés».

Les TPE/PME sont donc un atout clé au développement de la RSE, notamment de par leur rôle d’interfaces entre les multinationales et les territoires qui est aujourd’hui très peu exploitée en France. Par comparaison, selon la Plateforme RSE, en Allemagne, 58% des PME entreprendraient des démarches actives en matière de RSE en 2012. Ce résultat peut être expliqué par la mise en œuvre du programme Gesellschaftliche Verantwortung im Mittelstand à destination des PME qui a permis le développement d’un accompagnement dans leurs efforts de prise en compte de la RSE dans leurs stratégies économiques.

Le levier pour augmenter l’engagement RSE des TPE/PME ? Des mesures incitatives du marché (par exemple, renforcer les critères dans les appels d’offres) et des pouvoir publics (incitations fiscales, comparables à celles du mécénat). Le nouveau gouvernement qui clame vouloir “rendre sa grandeur à notre planète » misera-t-il sur la RSE des TPE/PME ?

Marine GAUDIN pour Génération 2

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